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La vie d'un sparring-partner




Entre  parenthèse :

A l'aube de mes 86 ans, à l'heure où la sagesse dicte sa vérité, à l'heure où la vie paraît si longue quand on ne la vit que dans les souvenirs, l'immense affection vouée à un seul homme, m'autorise à ouvrir la malle aux trésors, témoin de mon passé en tant que sparring partner.
A ceux qui pensent que ce site n'est pas de mon fait, je réponds que j'ai toujours repoussé les limites de l'impossible, et que ce serait mal me connaître que d'imaginer que je ne suis pas à l'initiative d'un site qui rend hommage à un ami, un  frère qu'était  Marcel.
La légitimité de ce site est incontestable, les photos en sont ma propriété exclusive, toute reproduction étant bien évidemment interdite, cependant s'il en existe elles n'ont en aucun cas obtenu mon accord ; seul Franck Roubaud-Abad, en est le  légataire universel et dispose des droits.

A nos glorieuses années :

J'ai 15 ans quand pour la première fois je rencontre Marcel et celle de toute l'équipe à Lucien Roupp dans le  Paris de 1938. Je suis passionné de boxe, rebelle, dans mon milieu, la boxe n'est pas un sport apprécié il est celui pratiqué par le peuple, mais  je l'aime, j'en apprécie tous les efforts, pour lui je sculpte mon corps et travaille avec acharnement.
Antoine et Marcel  devinent en moi ce feu sacré, une sympathie s'installe, une rencontre et la vie change, un bouleversement, une transformation, le commencement…
Ils m'invitent à les rejoindre à Casablanca, mais avant  de partir,  il me faut obtenir l'autorisation de mon père, homme d'honneur et de parole, qui m'impose de réussir, mon certificat d'études.

La bénédiction de mon père et mon examen en poche, je débarque à Casa, avec dans mes valises, un appareil photo offert par celui-ci  pour mon 10ème anniversaire. Cet appareil de marque Minox est l'appareil avec lequel la plupart des photos ont été prises.

Casablanca, la ville aux mille senteurs, aux mille saveurs, est la ville délicieuse dans laquelle j'évolue, je boxe, je travaille, si bien que Lucien Roupp et Antoine Abad décèlent en moi les qualités (rapidité, force, intelligence), pour devenir un bon entraîneur, le sparring partner préféré de Marcel.

J'y retrouve aussi mon frère Pierre, militaire, avec lui, un de ses amis Francis, qui  me demande de lui rendre des services et pour lesquels en remerciement il me présenterait sa sœur.
Les services sont de plus en plus nombreux et fréquentes, l'idée d'une rencontre avec la sœur inconnue, pour récompense, éveille mon désir et ma curiosité, un jeu entre nous s'installe.

C'est après la guerre, lors d'un séjour à Paris, alors que je rends visite à l'ami de mon frère, celui qui proposait d'échanger mes services contre une rencontre avec sa sœur, que je fis la rencontre la plus émouvante de toute ma vie. L'ami Francis (futur beau frère) est absent, la vielle dame (future belle mère) qui ouvre la porte me fait part de son absence, à cet instant j'aperçois la silhouette élégante et sophistiquée d'une jeune femme (Rosy), la sœur de Francis, dont la beauté me perça en plein cœur à jamais. Nous nous sommes aimés, mariés en 1948, mon amour pour Rosy me consume, son absence est ma souffrance.

Je n'en dévoilerai pas davantage sur ma privée, en revanche, l'homme public, l'homme de l'ombre, est vivant, et revendique de droit l'hommage qu'il rend à Cerdan.

J'ai partagé la vie de Marcel pendant plus de 10 ans, sans relâche, admiratif de son talent,complice, présent le jour où Marcel est devenu champion du monde, vainqueur de Tony Zale, présent lors  de sa défaite contre La Motta.

Je l'ai entraîné, je l'ai aidé à devenir le grand champion du monde qu'il a été, il n'y a pas selon moi  de bons élèves sans bon professeur.
J'ai partagé ses victoires, j'ai pansé ses blessures, tiré enseignement de ses défaites, mais je ne me suis jamais guéri de son départ.


J'invite tous ceux qui souhaitent partager mes souvenirs à revenir sur mon site,  à les retrouver (une partie) sur le site les légendes de la boxe, et à les feuilleter dans mes livres " Cerdan mon ami ", " l'ombre de Cerdan ".

J'ai dans mes yeux aujourd'hui une lumière d'espoir, l'espoir que le fils que je n'ai pas eu, mais que j'aime comme s'il était le mien, mon Franck, à qui j'ai tout légué, honorera la mémoire de Marcel comme je l'ai toujours fait, dans l'amour et le respect de cet être exceptionnel, ce grand champion, sans jamais en attendre une contrepartie financière.

Les souvenirs, mes souvenirs, ne sont pas monnayables, leur valeur est celle que l'on accorde à  ma vie.

La valeur est dans cet hommage sincère rendu à Marcel, et dans celui que je rends à  la  famille Abad devenue la mienne aujourd'hui. 
   
                                Maurice Rouff

Collection privée, reproduction interdite.

Rosy ma femme.

    Marcel & Moi en 1938            à Casablanca.

Journal L'Auto

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